Textes de Nathalie JONCHERAY – Résidence avec Dane CUYPERS p (été 2021)

La Côte sauvage

1. Sur un texte de Jean-René HUGUENIN, La côte sauvage : Allitérer en « s » + Garder les moyens de locomotion + Commencer par « Sur la route du retour » + Possibilité d’ajouter des mots

Sur le sentier du site, ils cessèrent leur progression pour se saisir des citrons. Les citronniers poussaient dans les deux sens du sentier, ils se séparèrent mais lui, après avoir sucé six citrons, se retourna pour la saisir du regard, saumon dans la plantation de citron, hissée sur la pointe d’une seule sandale. Elle s’affala et s’égratigna le sinus. Il sautait tout de suite à ses côtés. « Ciel, je n’ai pas de serviette. » « Sursois. » Il situa sa bouche sur sa blessure, aspira. « … plus sucré que les citrons. » « Monstre. Tu as sans cesse aimer le sang… » Il la saisit des yeux : ses lèvres étaient aussi citronnées. Il se détourna et se passa la main sur la face. « Ce soleil me fait si mal aux yeux… » siffla-t-il. Dans le side-car, le souffle de l’air rejetait sur le sinus d’Anne ses tresses silencieuses.

2. Sur le modèle de textes de Max AUB, Crimes exemplaires : Écrire au passé un texte sur le thème « Je l’ai tué parce que … » + Expliquer les raisons, anodines ou graves + Annoncer le crime et l’arme utilisée à la fin + Utiliser le JE + 1 feuille (1500 signes)

Votre Honneur, je vous sais gré de me permettre de relater mon histoire.

J’avais toujours apporté un soin extrême, que d’aucun jugeait maniaque, à l’entretien de mes vêtements. Je les nettoyais à température adéquate, étudiant au préalable avec attention les étiquettes cousues par le fabricant. Je les séchais puis les repassait amoureusement avec le même soin, ne les confiant jamais au teinturier. Puis je les accrochais par couleur dans mon armoire, à l’abri de la poussière et du soleil, sur des cintres rembourrés de différentes formes pour convenir à leur coupe respective.

On n’a jamais deux fois l’occasion de faire une première bonne impression, m’avait-on inculqué. En effet, quelle bonne impression peut-on donner de soi-même dans des vêtements salis ou froissés, inélégants ? J’ai horreur de l’expression : « L’habit ne fait pas le moine ».

Je l’avais hébergée à la demande d’une lointaine cousine. J’avais le sens de la famille. J’avais également, chevillé au corps, l’instinct grégaire, l’esprit de corps, le respect des convenances, à tout prix.

Pas elle. Très rapidement, elle se servit dans mon armoire sans ma permission, que je ne lui aurais d’ailleurs jamais donnée. Dans les premiers temps, je n’ai pas relevé, par crainte de paraitre désobligeante. Puis n’y tenant plus, je lui ai fait la remarque avec le tact nécessaire, de ne plus utiliser mes vêtements. Elle a nié.

Puis elle a menti. Ce jour où, elle soutint, les yeux dans les yeux, que mon chemiser qu’elle portait, qui plus est noué à la taille, n’était pas le mien, je n’ai pu répliquer devant tant de mauvaise foi. J’ai allumé mon fer à repasser et quand il fut chaud, je l’appelai. Elle succomba rapidement. Si elle n’était pas morte le crâne fracassé par plusieurs coups violents de fer à repasser, elle aurait de toute façon fini

par succomber de diverses brulures au 3ème degré sur le visage. Merci, Votre Honneur, de m’avoir permis de m’expliquer.

3. Écrire sur une odeur – Thème : l’odeur des cages d’escalier des immeubles des stations balnéaires de catalogne

On y entre par une porte battante au bois de faux acajou vernis, démodée. Elle rappelle d’autres entrées, oubliées depuis longtemps, depuis l’enfance. Elle claque et opère plusieurs allers et retours décidés si on ne la retient pas, répandant en premier son, un grincement de ses gonds, un frottement de ses tranches, résonnant d’une note crue d’espace vide, inhabité. Il y règne un bruit de vestiaire de piscine qui inclut celui qui y pénètre. Le sable crisse sous les pieds jusqu’au dernier étage, ses grains à bout de force, se détachant petit à petit des corps des grimpeurs. Dans la lumière violente tombant des fenêtres à chaque palier, on s’y croise, jamais les mêmes, de semaine en semaine, pendant deux mois de zénith. Lieu toujours plein mais jamais habité. Passée la porte battante, l’été, c’est la fraicheur espérée qui accueille. L’hiver, c’est l’humidité et l’odeur nue, minérale. Passée la movida de l’été, ce lieu qui n’aurait pas dû être et qui n’est peut-être pas, retourne à son vide. Camp de base éphémère, sa raison d’être est d’abriter le passage, la transhumance vers la plage. Le sable, lui qui est du tout-en-bas, montera jusqu’à la porte du toit terrasse. Malgré les salves de ménage successifs, derrière la porte battante, son odeur persistera, jusque dans l’hiver, l’odeur des cages d’escaliers des immeubles balnéaires de Catalogne, la plage jusque dans les murs.

A l’époque de l’essor immobilier et touristique des années 60, permettant à l’Espagne de sortir de sa torpeur de dictature, le sable du littoral, impropre en maçonnerie, était utilisé dans les constructions. Ces bâtiments ont été construits sur des zones marécageuses aujourd’hui protégées.

(Nathalie JONCHERAY)

La plume et l'image

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