Mohamed Mbougar Sarr, La plus secrète mémoire des hommes

Chroniques livres – Rentrée littéraire Automne 2021

Jean-Paul Garagnon

Leonardo Padura

L’exergue de Roberto Bolaño nous met en garde : attention, vous risquez d’entrer dans la littérature, celle, pour l’auteur chilien, « qui ose s’enfoncer les yeux ouverts dans l’obscurité et qui les conserve toujours ouverts quoi qu’il arrive ».

L’exergue fût-elle absente que nous aurions rapidement eu de ces réminiscences qui vous mettent en alerte : l’auteur et l’oeuvretransposés et largement imaginés, tout borgésiens, repris par Bolaño ; la recherche d’un double rimbaldien ; et les clins d’oeil plus discrets que les bolañistos sauront déceler et savourer.

Le roman se présente donc comme celui d’un auteur sénégalais qui raconte l’histoire d’un auteur sénégalais qui part à la recherche d’un auteur sénégalais qui part à la recherche de quelqu’un (je ne vais pas tout dévoiler…) Dans leurs quêtes, ces personnages vont en rencontrer d’autres qui sont ou furent eux aussi à la recherche de cet auteur sénégalais dont la vie et la destinée vont ainsi se construire peu à peu sous nos yeux, au fil des parties et sous-parties, à force d’entretiens, de lettres, d’articles et de livres qui remontent vers le narrateur premier.

L’exercice est évidemment périlleux et, si Sarr penche parfois trop du côté du procédé et de la belle formule, il s’en sort à son avantage grâce à la puissance de sa langue.

En refermant le livre, on se dit que Les détectives sauvages, de Bolaño, n’est finalement pas si complexe qu’on veut bien le dire…

Voilà en tout cas un livre bien parti pour le Goncourt qui sera décerné demain.


Mohamed Mbougar Sarr, La plus secrète mémoire des hommes, Philippe Rey, 2021

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